Toutes les Rubriques

Thématiques de Recherche

Liens Directs

Le système HLA perd son découvreur PDF Imprimer Envoyer

Prix Nobel de médecine en 1980, le professeur Jean Dausset est décédé samedi 6 juin à l’âge de 92 ans. Cet éminent scientifique a marqué l’histoire de la biologie en découvrant en 1958 les bases de l’histocompatibilité humaine, un complexe fondamental au bon fonctionnement de notre système immunitaire et de notre organisme.

 Structure en trois dimensions d'une molécule HLA. (Jean-Michel Claverie©Inserm)

Le système HLA, de l’anglais Human Leucocyte Antigens, est notre première ligne de défense contre les agents infectieux et autres corps étrangers à notre organisme. Ce système repose sur la présence à la surface cellulaire de protéines, les antigènes des leucocytes humains, d’où son nom, qui permettent leur identification par le système immunitaire. Ces antigènes sont propres à chaque individu et représentent son « identité biologique ». Grâce à eux, l’organisme peut distinguer le « soi » du « non-soi ». Toute cellule ayant un type HLA différent de celui de l’organisme est alors considérée comme un envahisseur, et  éliminée par le système immunitaire.

 

1952, une expérience capitale

le Professeur Jean Dausset ,Prix Nobel de médecine en 1980 (Michel Depardieu©Inserm)Le premier à avoir découvert l’existence des antigènes du système HLA fut le Ppofesseur Jean Dausset. En 1952, il mène une expérience qui allait orienter toute sa carrière. A l’époque, il cherche à comprendre l’origine de la baisse des globules blancs (leucocytes) chez des malades atteints de leucopénies. Il pense que, à la manière des globules rouges dans certains cas d’anémie (taux anormalement bas d’hématies), la leucopénie est due à un phénomène d’auto-immunité, des autoanticorps pouvant être responsables de la baisse des globules blancs. Mais ces recherches restent vaines. Jean Dausset a alors l’idée de chercher dans le sérum de ces malades leucopéniques des anticorps capables d'agglutiner les globules blancs d'un autre individu. En mélangeant le sérum d’une patiente leucopénique avec des globules blancs d’un autre individu, il constate l'apparition d’importants agglutinats de leucocytes, visibles à l'œil nu. Cette leucoagglutination massive est bien la preuve de la présence d’anticorps chez la patiente, capables de réagir contre des globules blancs exogènes. Rapidement, Jean Dausset découvre que ces anticorps ont été engendrés par les nombreuses transfusions reçues par la malade. Sa leucopénie n’est donc pas due à des autoanticorps, mais à une immunisation par transfusion contre les globules blancs des nombreux donneurs de sang.
Ce résultat est la preuve qu’il existe des groupes de globules blancs, comme il existe des groupes de globules rouges, les groupes sanguins. Mais, à la différence des groupes A, B et 0, les anticorps contre les globules blancs n'existent pas à l'état naturel. Dans l’expérience de Jean Dausset, ils apparaissent seulement à la suite d’une transfusion ou d’une grossesse.

1958, la découverte du premier groupe HLA

L'étape suivante consistait logiquement à définir le ou les groupes de globules blancs. En 1958, Jean Dausset est responsable de laboratoire dans le service d'hématologie du professeur Marchal, à l'hôpital Broussais, où sont accueillis de nombreux malades nécessitant une transfusion. Il décide d’utiliser, chez un patient, le sang d’un seul et même donneur. Avec cette stratégie, le receveur naïf de toute transfusion ne pouvait développer d'anticorps que contre les globules blancs d’un seul donneur, et donc d’un seul type, à la différence des polytransfusés. Jean Dausset décide ensuite de tester le comportement du sérum de ce patient vis-à-vis des globules blancs d’une série de donneurs bénévoles recrutés parmi le personnel du Centre national de transfusion sanguine, dans lequel il est également chercheur. Les anticorps antiglobules blancs, qui apparaissent au bout de quelques semaines dans le sérum du patient transfusé, n’agglutinent que 50 % des globules blancs de l'échantillon de donneurs bénévoles. Jean Dausset en déduit l’existence d’un groupe d’antigènes leucocytaires concernant statistiquement 50 % de la population française. Ce premier groupe fut dénommé MAC, des trois initiales des donneurs dont les globules n'étaient pas agglutinés par ce sérum. Il fut le premier d’une longue série d’antigènes du système majeur d’histocompatibilité humain, dénommé plus tard HLA.

Représentation de la structure de l'extrémité distale d'une molécule HLA ayant fixé un peptide viral. (Gomard E.©Inserm)Jean Dausset consacra ensuite toute sa carrière à l'étude du système HLA, dont il démontrera, à l'aide de greffes de peau réalisées chez des volontaires, l'importance en transplantation. Les recherches menées avec ses collaborateurs de l’unité Inserm 93 « Immunogénétique de la transplantation humaine » qu’il dirige lui permettront d’identifier les éléments constitutifs du système HLA. Il publiera également les premières études sur les associations possibles entre groupes tissulaires HLA et maladies. Par ailleurs, il organise, en 1972, le travail anthropologique qui définit les groupes HLA dans les différentes populations du globe.
 
Ces travaux valurent à Jean Dausset le Prix Nobel de médecine en 1980, conjointement avec Baruj Benacerraf et Georges Snell, pour leur découverte des "structures des surfaces cellulaires génétiquement déterminées qui régissent les réactions immunitaires".

On pourra aussi noter que la première séquence nucléotidique d’un gène HLA fut obtenue en France, au Centre d’immunologie de Marseille-Luminy, par une équipe de l'Inserm emmenée par Bertrand Jordan (Malissen M. et al, 1982).
 
 

Une découverte aux conséquences considérables

La découverte du système HLA par Jean Dausset a eu un impact majeur en biologie fondamentale comme en thérapeutique. Ainsi, par son polymorphisme extrême, le système HLA est la preuve que chaque homme est unique. D'un point de vue fondamental, la découverte du HLA a permis de comprendre l'un des mécanismes essentiels de la défense immunitaire : la distinction, par l'organisme, entre les cellules qui lui sont propres et celles qui lui sont  étrangères. Sur le plan thérapeutique, la conséquence la plus évidente de la découverte du système HLA a été son application immédiate à la transplantation d'organes et à la greffe de moelle osseuse. Enfin, sa découverte a permis de relier de nombreuses affections à certains allèles du système HLA. Il est alors devenu possible de dépister les individus susceptibles de développer une certaine maladie s'ils possèdent l'allèle correspondant. Mieux, il a été montré que d'autres allèles, au contraire, apportent une résistance à ces mêmes maladies. Ainsi est né le concept de médecine prédictive.

 

Yann Cornillier

(15/06/2009)

En savoir plus
Site histoire de l’Inserm
Malissen M, Malissen B, Jordan BR. Exon/intron organization and complete nucleotide sequence of an HLA gene. Proc Natl Acad Sci USA 1982 ; 79 : 893-7.